Retour sur le STT Open Lausanne 2013

La salle de la Vallée de la Jeunesse a accueilli du vendredi 8 au dimanche 10 février 2013 la troisième édition du Swiss Table Tennis Open, tournoi international réunissant quelques-uns des plus grands noms du tennis de table mondial. Le top du top, le fin du fin, la crème de la crème. Mais avant d’évoquer ces cracks qui se sont renvoyé la balle pendant trois jours, il convient d’en évoquer d’autres ; ceux-ci sont membres du CTT Montriond et ont œuvré bénévolement en coulisse, dès le jeudi soir, pour préparer la salle et, tout particulièrement, monter les six tables du tournoi.

Quand je dis « monter » les tables, cela ne signifie pas simplement les déplier et y fixer le filet, mais les rendre pleinement fonctionnelles pour le tournoi ; vous savez, un peu comme on monte un meuble IKEA : un mode d’emploi, des pièces détachées, des vis, des écrous, et bien des embrouilles ! Croyez-moi, cet épisode ne fut pas le moins gai de la manifestation. Oui, le spectacle a commencé le jeudi soir déjà.

Les bricoleurs du jeudi

Le jeudi 7 février, une petite dizaine de bénévoles du CTT Montriond est à la disposition des organisateurs pour la préparation de la salle. Parmi ces bénévoles, quelques-uns sont affectés au montage des six tables flambant neuves. Pour bien comprendre, il faut savoir que ces tables sont repliées et enveloppées dans de grands cartons. Avant d’attaquer le montage proprement dit de la première table, il convient donc d’ôter le grand carton en question ainsi que les morceaux de sagex et de scotch qui traînent un peu partout. Problème, comme toutes leurs pièces ne sont pas encore fixées, ces tables ne tiennent pas debout toutes seules ; voilà pourquoi Christophe et moi avons dans un premier temps pour tâche – pour seule et unique tâche – de tenir fermement la table pour éviter que celle-ci ne tombe par terre. Et pendant ce temps-là, les autres commencent à étudier le mode d’emploi, en essayant de comprendre où vont les différentes pièces et comment elles se fixent.

A titre tout à fait personnel, je dois dire honnêtement qu’elle me plaît bien, cette mission de rester accroché à la table, loin du mode d’emploi, des vis et des écrous ; ça me rappelle l’école, et plus précisément un prof de travaux manuels, à qui, un jour, je n’avais pas caché mon goût pour le ponçage. La réponse du prof avait fusé : « Je te l’accorde, ce n’est pas ce qui demande le plus de réflexion ». Il avait su lire entre les lignes.

Fabien, lui, arrivé avec un peu de retard, passe l’aspirateur sous les gradins, trouvant ainsi un moyen encore plus subtil de reposer son esprit. Laissons Fabien à son ménage et revenons à nos tables, car un autre problème apparaît, plus fâcheux encore : il semble que GUBLER, le fournisseur, n’ait pas fourni toutes les vis. Oui, il manque un certain nombre de vis, indispensables au montage des tables. Tout le monde se regarde, avec un brin d’inquiétude ; le premier qui a une idée est prié de se manifester. Car si on ne veut pas priver Lausanne d’un beau spectacle ce week-end, il faut réagir, et vite.

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Ça rappelle un peu le ponçage, non ?

D’un calme olympien, Rista Stukelja, membre du comité d’organisation, qui nous chapeaute dans cette aventure, estime qu’il ne sert à rien de téléphoner à GUBLER, sinon à les engueuler (cela dit, j’en connais qui l’auraient fait quand même). Ce qu’il faut impérativement, c’est se procurer des vis. Ainsi s’égrènent, dans les discussions, les noms de toutes les grandes surfaces de bricolage situées dans un rayon de moins de 30 km. C’est finalement le magasin OBI qui sera l’heureux élu. Et un heureux élu, il y en a un autre dans cette histoire ; c’est Christophe. Il va accompagner Rista en voiture chez OBI et pouvoir enfin se décrocher de la table à laquelle il est fixé depuis de longues minutes. Quant à moi, je reste agrippé à ma table. Plus que jamais. Comme dirait l’autre, « on lâche rien ».

Dans le couloir où nous sommes, et tandis que les travaux sur la première table avancent, nous voyons défiler les uns après les autres nos collègues du CTT Crissier, membres du comité d’organisation, vêtus de leurs chemises plus blanches que blanches estampillées STTOL. Ils ne font que passer, mais lorsqu’on leur dit qu’il manque du matériel, chacun compatit en y allant de sa petite réplique, dont l’une d’elles m’est restée en mémoire : « il manque des vis ? Noooooon » ! Et de conclure : « Ah les cons » ! On n’aurait pas dit mieux.

« Ça va Benoît, tu tiens » ? me demandent tour à tour mes camarades de bricolage. Comme le roseau, je plie mais ne romps pas, malgré des bras qui tiraillent de plus en plus. Et la table, elle tient ? Comme le roseau, elle plie mais ne rompt pas. Tout le monde tient. Jusqu’à ce que je lâche la table. La belle table de compétition à plus de mille francs suisses ! Ô ne vous effrayez pas, le geste est parfaitement maîtrisé : je n’ai fait que lâcher une table qui tient à présent toute seule. Pourvue de toutes les pièces, elle se déplie et se replie normalement. Une table de faite. Plus que cinq. On serait tentés de dire que le plus dur est fait.

Lorsque nous ôtons le carton qui enveloppe la deuxième table repliée, nous nous rendons compte qu’il suffit de laisser les deux blocs de sagex fixés aux pieds pour maintenir la table. Autrement dit, ma mission n’a plus lieu d’être, je vais devoir commencer à bricoler. Les ennuis commencent. Me voilà rattrapé par mon prof de travaux manuels presque vingt ans après. Une punition ? Pour avoir privilégié le ponçage ? Ou bien pour mes nombreux ouvrages qui menaçaient de s’effondrer à chaque stade de leur réalisation ? Tout ça pour dire que le plus dur n’est pas fait pour tout le monde.

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Vous ne voyez pas mon visage, mais je peux vous dire que ça grimace dur !

 Fort heureusement, ma dextérité approximative est vite compensée par les conseils d’Olivier et de Ky-Ahn, déjà bien rodés ; puis la cadence s’accélère peu à peu, avec l’arrivée de Fabien, qui s’est séparé de son aspirateur, de Christophe et de Rista, qu’on voit revenir les poches pleines de vis, et de quelques autres encore, affectés jusque-là à d’autres tâches. Dans ces conditions, tout va plus vite. Trois, quatre, cinq et six ! Ça y est, les six tables sont prêtes et vont pouvoir servir de terrain de jeu aux pointures mondiales du tennis de table. Alors comme on dit dans ces cas-là, bon match !

Les (mal nommés) pongistes du dimanche

En ce dimanche matin 10 février, le tournoi, qui a commencé le vendredi, entre dans sa dernière ligne droite, avec les quarts de finale, les demi-finales et la finale dans les catégories Dames et Messieurs. Chez ces derniers, tous les favoris sont au rendez-vous : Dimitrij Ovtcharov (Allemagne), Joo Sae Hyuk (Corée du Sud), Vladimir Samsonov (Biélorussie) et Adrien Mattenet (France), respectivement 8e, 11e, 12e et 28e au classement mondial. Seul le Suédois Jörgen Persson manque à l’appel ; le chouchou du public lausannois a été éliminé la veille face au Coréen Joo Sae Hyuk après des échanges de haut vol. C’était aussi, paraît-il, la dernière apparition du Suédois à Lausanne en tant que joueur, avant la fin prochaine de sa carrière.

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Good bye, Sir Persson

 Les quarts de finale du dimanche matin sont l’occasion de voir à l’œuvre notamment le Français Adrien Mattenet, opposé au Canadien Eugene Zhen Wang, d’origine chinoise mais naturalisé par les autorités canadiennes en 2012… juste avant les Jeux olympiques de Londres. Oui, le sport national au Canada, c’est bien le hockey sur glace. Et apparemment pour un petit moment encore… mais passons.

De la tribune VIP où nous sommes assis, nous pouvons difficilement être mieux placés pour assister à ce match, et notamment admirer les top-spins revers de Mattenet, qui se passent de tout adjectif. J’en suis sans voix. Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est à cause du coq bleu-blanc-rouge cousu sur son maillot. Mais voilà, malheureusement ou heureusement, le top-spin revers ne suffit pas pour gagner, et Mattenet, qui n’est pas dans sa meilleure forme ce jour-là, en fait l’amer constat ; son adversaire s’est peu à peu installé dans le match et n’a plus rien lâché, créant ainsi la première grande surprise de la journée.

Chez les dames, un peu plus tôt dans la matinée, Rahel Aschwanden, l’autre représentante helvétique encore en lice en quarts de finale avec Rachel Moret, doit s’incliner face à Yang Xiaoxin, une Française. Je sais ce que vous vous dites : on jurerait qu’elle est canadienne.

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Yang Xiaoxin se désaltère. D’ailleurs, pourquoi les champions sont-ils si souvent filmés ou photographiés en train de boire ? Est-ce aussi un truc qu’ils font mieux que nous ?

Il est un peu plus de midi et les quarts de finale ont rendu leur verdict ; on connaît les qualifiés pour les demi-finales. Chez les femmes, Yang Xiaxin sera opposée à la Tchèque Iveta Vacenovska, tandis que la Française Carole Grundisch défiera la Hongroise Georgina Pota. Du côté des hommes, Samsonov devra empêcher Zhen Wang de créer une nouvelle surprise, pendant que Joo Sae Hyuk essaiera, avec son jeu défensif flamboyant, de contenir les assauts d’Ovtcharov. Voilà pour le décor des demi-finales. Inutile de vous dire que le correcteur orthographique a failli rendre l’âme au terme du présent paragraphe. Plein de vaguelettes rouges ! Partout ! De la Corée du Sud à la République tchèque, en passant par la Chine !

Mais avant d’assister à ces demi-finales, c’est l’heure de la pause. A cette occasion, les bénévoles et toutes les personnes impliquées dans l’organisation du tournoi sont conviés à un apéritif « VIP » dans le bâtiment faisant face à la salle de sport. Pendant l’apéritif, les discours officiels se succèdent. Nous ne les applaudissons pas avec beaucoup de ferveur, non pas parce que c’est moins spectaculaire que le revers de Mattenet, mais pour la raison la plus pragmatique du monde : prenez un verre de rouge dans une main et une assiette en plastique avec des chips dans l’autre… vous voyez ce que je veux dire.

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Hommage au métier de juge arbitre. Ça a pas l’air drôle.

C’est les mains vides que nous regagnons les gradins pour les demi-finales. Dans le tableau féminin, Yang Xiaxin se qualifie, tout comme la Hongroise Pota, qui ne laisse que des miettes à son opposante tricolore. Chez ces messieurs, Samsonov prend le meilleur sur son adversaire et Ovtcharov déjoue les défenses coupées de Joo Sae Hyuk.

Pour la petite histoire, sachez que ce duel aurait pu connaître un épilogue différent. Du haut de ses dix ans, Estelle, la fille de notre président, en plus de regarder les matchs avec un vif intérêt, a chassé les autographes toute la journée ; n’ayant pas encore celui d’Ovtcharov, voilà qu’elle veut « se placer » et s’approche un peu trop près de l’aire de jeu pendant un échange ; Ovtcharov est légèrement gêné et perd le point. Fort heureusement, l’incident sera sans conséquences. Et en plus de l’autographe qu’elle a obtenu, Estelle pourra se targuer d’avoir pris un point un numéro 8 mondial.

En finale Dames, Yang Xiaxin bat Georgina Pota, ou « Gina Pota », comme on peut le lire au dos de son T-shirt (va-t-elle bientôt nous servir la bière au Zodiac ?). Quant à la finale Messieurs, c’est une finale en « off », entre Samsonov et Ovtcharov – il ne manque plus que Popov, dommage qu’il ait préféré la natation au ping-pong. Cette finale, qui voit le sacre de Samsonov, aura été un peu décevante de l’avis général. Sans doute aurait-il fallu la présence de Joo Sae Hyuk (à force, j’arrive à l’écrire juste du premier coup) pour que nous assistions à des points plus spectaculaires. Sans doute, mais allez dire ça à Ovtcharov…

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Georgina Pota. Je ne sais pas quel est votre sentiment, mais moi, j’ai l’impression que je vais m’en prendre une.

Le service d’Ovtcharov, réputé pour être original et difficile à remettre, a peut-être été la clé du match. C’est sûrement pour cela que, lors de la cérémonie de remise des prix, Thomas Busin, ancien champion suisse, tend le micro à Samsonov et lui demande comment il a fait pour remettre le service de son adversaire. Bref, le genre de questions qui a toutes les chances de rester sans réponse. D’ailleurs, je crois me souvenir que l’ami Vladimir n’a pas été très loquace. Et en plus de ça, on sait que les grands sportifs sont moins à l’aise pour parler de leurs exploits que pour les réaliser. Le bla-bla, très peu pour eux (voyez, c’est un peu comme si on me demandait de faire du sport).

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Elle s’en mord les doigts ! La prochaine fois, elle évitera de s’asseoir entre deux chroniqueurs sportifs.

Fin de la cérémonie protocolaire de remise des prix, il est l’heure, pour les bénévoles du CTT Montriond, de se remettre au boulot pour ranger la salle et la laisser dans l’état où ils l’ont trouvée le jeudi soir, avant le tournoi. Je ne vous raconterai pas comment nous avons décollé le sol synthétique de la salle sur plusieurs centaines de m2, ça pourrait être aussi long à expliquer que le montage des tables… disons simplement qu’on était contents d’être nombreux. Un point positif cependant : cette fois, pas besoin d’être habile de ses mains. Il faut juste un peu de sens pratique – ah bah oui, quand même.

Lorsque nous nous baladons dans les couloirs de la salle avant de commencer à ranger, il règne une vraie ambiance de fin de colo. Les joueuses se font la bise, se donnent rendez-vous à la prochaine manifestation et remercient les organisateurs. On aperçoit également Eugene Zhen Wang, affublé d’un beau bouquet de fleurs (quelque chose me dit qu’il s’en serait bien passé). Puis quelques minutes plus tard, c’est Adrien Mattenet que nous croisons, trimbalant une valise à roulettes et un immense sac de sport. Dans le couloir étroit où nous sommes, nous nous écartons pour que le numéro 1 français puisse se frayer un chemin. J’ai failli lui dire toute mon admiration pour ses top-spins revers, avant de me raviser au dernier moment. Sans doute de peur qu’il ne puisse pas me retourner le compliment.

A propos de Mattenet, je souhaiterais encore vous raconter une petite anecdote que nous tenons de source sûre. Eliminé en quarts de finale, le joueur français, estimant qu’il n’avait pas tenu son rang, voulait à la fin du tournoi rendre sa prime d’engagement. Bien que saluant ce geste, les organisateurs ont catégoriquement refusé de reprendre cette prime, sans doute avec raison. C’est vrai, rien que pour son top-spin revers, il la mérite. Allons Adrien, pas de ça entre nous. Tu cherches des compliments ? Mais oui, tu vaux plus que C7 !

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Superbe geste de Mattenet, qui renvoie sa prime au caissier du tournoi. C’est ce qu’on appelle une « prime du revers ».

Il est un peu plus de 18 heures lorsque le rangement de la salle est terminé et que celle-ci est dans l’état où nous l’avons trouvée le jeudi précédent. Dans le petit local réservé aux organisateurs et bénévoles, nous sommes encore quelques-uns, un verre de vin dans la main, à reparler du tournoi et des superbes échanges que nous ont offerts ces pros du tennis de table. Après les avoir vus jouer, on n’a qu’une envie, c’est de faire pareil. Ça devrait aller, puisque, pour paraphraser Olivier, nous savons maintenant ce qu’il faut faire. Le problème, c’est que personne parmi nous n’a l’air pressé de le faire.

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Nicola Mohler, plusieurs fois champion suisse. Regardez où se trouve la raquette par rapport à la balle. Vous avez vu un peu ? Et après, on s’étonne que les profanes aient de la peine à comprendre !

 Benoît Aehrenbold