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Le sommet Européen de Lausanne – DHS Europe Cup 2014

La DHS Europe Cup, tournoi de tennis de table réunissant quelques-unes des meilleures joueuses et quelques-uns des meilleurs joueurs de tennis de table du Vieux Continent, a eu lieu à Lausanne du 7 au 9 février 2014, à la salle de la Vallée de la Jeunesse. Le public lausannois, dont quelques membres du CTT Montriond, a assisté aux débats acharnés de ce sommet européen. Vous verrez que c’est une fois de plus le couple franco-allemand qui a occupé le devant de la scène, à ceci près que la paire Boll/Mattenet a remplacé le binôme Merkel/Hollande, et que c’est pour une fois le Portugal qui a eu le dernier mot, confirmant ainsi la glorieuse incertitude… de la construction européenne.

Le spectacle est dans les gradins

« Tiens, t’as vu ? Il y a Pierre, là-bas, dans la tribune d’en face – Où ça ? – A côté de Paul – Je ne vois pas – Juste en dessous de Jacques – Ah ouais… lequel est assis au-dessus de Pierre – voilà… lequel discute avec Paul ». C’est le genre de dialogues dont on a l’habitude lors d’un tournoi international de tennis de table à Lausanne, où le public est composé majoritairement de pongistes, dont beaucoup se connaissent, de près ou de loin.

Alors oui, entre les changements de sets, durant les temps morts ou lorsque nos yeux en ont tout simplement marre de suivre cette petite balle qui a décidément de la peine à choisir un côté de la table une bonne fois pour toutes, nous nous amusons à chercher les têtes connues dans la tribune d’en face. Problème, même si nous voyons clairement une personne que nous connaissons dans les gradins d’en face, rien ne dit que cette personne nous a vus, elle. Alors comme nous n’avons pas le bras assez long pour lui serrer la main, il faudrait se lever et faire des grands signes. Ce serait en effet le seul moyen d’être sûr que l’autre nous voie. Mais on ne le fait pas, grands timides que nous sommes.

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Hé, vous avez vu ? Il y a Vi, là-bas. Arrêtez… ça ne sert à rien de lui faire des grands signes, il a quitté la salle depuis longtemps.

Cela dit, il y a des gens qui n’ont pas peur de se faire remarquer. On en dénombre plusieurs catégories. Il y a tout d’abord celui qui veut aller s’installer pile au milieu des gradins pour retrouver ses camarades, et qui doit pour cela se frayer un chemin entre les spectateurs. Voici des mots véridiques qui m’ont été adressés : « Excusez-moi, je m’appuie sur votre épaule ». On pourrait imaginer la réponse et le dialogue qui s’ensuit:

  • Allez-y.

  • Et vous permettez que je marche sur votre sac ?

  • Je vous en prie.

  • Et puis ça vous dérange si je marche sur votre pied ?

  • Bah...

Il y a aussi celui qui va s’installer dans les gradins pendant un set décisif où tout le public retient son souffle. Un joueur s’apprête à servir dans un silence de cathédrale, et là, l’intrus pénètre dans les gradins en bois et fait résonner dans toute la salle le bruit de ses lourdes semelles : BOUM – BOUM – BOUM – BOUM. Il n’en faut pas plus pour exaspérer les plus fins connaisseurs, qui se font entendre à leur tour en disant « chut ». Ou plutôt : « chhhhhhhhhhhhhhhh… ». Oui, car dans la pratique, souvent, le mot « chut » perd les lettres « u » et « t » en cours de route. Forcément, on demande aux autres de se taire, alors on se retient soi-même. « Chhhhhhhhhhhhhhh… ». Bref, tout ça pour dire que les personnes réclamant le silence font parfois aussi un peu de bruit.

Autre catégorie : les bébés qui pleurent. Mais comment leur en vouloir, à ces petits bouts de chou ? Par ailleurs, il existe très peu de moyens dissuasifs. Leur expliquer qu’il est interdit de parler pendant l’échange sous peine de perdre le point ? Ils n’ont rien à perdre. Les priver de biberon ? Contre-productif, c’est peut-être justement ce qu’ils réclament.

On a aussi eu ce photographe qui a voulu immortaliser quelques gestes techniques d’exception, mais qui a négligé un détail, ce que n’a pas manqué de lui rappeler un spectateur, à haute et intelligible voix : « ENLÈVE TON FLASH » !!!! Un petit point lumineux éblouissant nous a permis de localiser le « coupable ». Vous avez déjà croisé une voiture avec les feux de route allumés, n’est-ce pas ? Bah voilà, c’est exactement ça.

« Volare… cantare… oh oh oh oh… »

Pour celles et ceux qui ne connaîtraient personne dans les tribunes, il est aussi possible, entre les sets ou pendant les temps morts, de se distraire au son de la musique. Oui, car figurez-vous que les organisateurs passent de la musique entre les sets et les temps morts. Et pas n’importe laquelle, de musique ! Croyez-moi, cette musique-là passe encore moins inaperçue qu’un photographe distrait ou qu’un bébé fatigué.

Pour vous donner un exemple, le samedi, on a eu droit aux Gypsy Kings à plein tube pendant un temps mort. « Volare… cantare… oh oh oh oh… nel blu… dipinto di blu… ». Très vivant, pour un temps mort ! On aime bien, les Gypsy Kings, mais franchement… pour une soirée de mariage, peut-être… mais pour des pongistes professionnels qui veulent se calmer et faire le vide ! En tout cas, dorénavant, on ne pourra plus entendre cette chanson sans penser à Boll, Pota, Ovtcharov et consorts ! « Volare… cantare… oh oh oh oh… ».

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A votre avis, lequel se moque des goûts musicaux de l’autre ?

Notez toutefois que cette musique entraînante et enjouée convient peut-être aux joueurs les plus fêtards. Comme Timo Boll, par exemple, qui, entre deux sets, bouge ses hanches sur la musique pour rester chaud. On dirait qu’il invite tout le public à le rejoindre sur la piste de danse. Pour lui, la fièvre du samedi soir semble commencer le samedi midi déjà… et continuer le dimanche matin ! Le champion allemand a en effet déclaré forfait le dernier jour de la compétition pour cause de maladie, alors qu’il devait disputer un match pour la 5e/6e place. Tant pis, la fête a continué sans lui, avec notamment… la Macarena ! Ah décidément ! Le spectacle est dans les gradins, mais aussi dans la sono ! On n’attend plus que Franky Vincent et la Compagnie Créole !

L’idole des jeunes

Alors lui, depuis l’édition 2013, il est devenu l’idole, le chouchou, la coqueluche du public lausannois. Je veux bien sûr parler du Français Adrien Mattenet. Pour s’en rendre compte, il suffit de jeter un coup d’œil au stand VIP et de voir toutes ces petites têtes blondes en quête d’un autographe. Quand on voit ça, on serait tenté de retomber en enfance…

Il serait toutefois faux de croire que seuls les enfants sont admiratifs. En fait, le public est largement acquis à la cause du représentant hexagonal (il est vrai que nous ne sommes pas loin de la frontière avec la France). J’en veux pour preuve les cris d’encouragement lancés régulièrement par ses fans : « Alleeeeeeeeeeeeez » ! Et quand il fait une carotte gagnante, on sent le public qui refrène ses applaudissements, à mi-chemin entre la gêne et le soulagement. En revanche, personne ne cache sa déception lorsqu’il perd un point « bêtement » : « Ohhhhhhhhhhhh » ! Et tout le public repart de plus belle en tapant des mains à intervalles de plus en plus rapides pour encourager son protégé. On se croirait à Rolland Garos du temps d’Henri Leconte !

Le samedi, en fin de journée, Mattenet affronte en demi-finale le Portugais Marcos Freitas, futur vainqueur du tournoi chez les hommes face au Danois Michael Maze. Le Lusitanien, qui sortira vainqueur du duel contre Mattenet, recueille lui aussi des applaudissements lorsqu’il marque un beau point. Jusque-là, rien d’extravagant – Marcos Freitas a aussi le droit d’être applaudi, ne soyons pas chauvins jusque sous le béret.

Ce qui est en revanche assez cocasse, c’est cet individu dans la salle qui continue à applaudir bruyamment pendant une dizaine de secondes après que tout le monde s’est arrêté. Encore un qui veut se faire remarquer. Et ça marche ! Mais oui, forcément, c’est un réflexe fondamentalement humain : on est toujours attiré par ce qui tranche avec le reste. En portant le regard vers cet individu, on voit qu’il arbore le maillot du Portugal, avec derrière lui… le drapeau du Portugal accroché à la paroi ! Ah tu m’étonnes ! Dommage que Fabien et moi n’ayons pas eu un coq sous la main, on l’aurait volontiers envoyé se promener dans les pattes de Marcos Freitas ! Sans vouloir être chauvin. Ah non, pas de ça entre nous. Pas de ça entre Français !

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Adrien Mattenet, en bleu, et Marcos Freitas, en vert, qui discutent en buvant un coup pendant le match. Si on vous dérange, vous le dites, hein ?

J’ai une dernière petite anecdote à vous conter au sujet de Mattenet. Cela se passe le dimanche, alors qu’il est opposé à Ovtcharov dans le match pour la 3e/4e place. Le représentant tricolore finira par perdre ce match 4 sets à 2. Mais il se sera battu. Bien battu. Sur toutes les balles. Même sur les balles impossibles. En effet, comme Adrien est têtu et tient à nous montrer qu’impossible n’est pas gaulois, il est allé nous chercher, avec l’énergie du désespoir, une balle à l’extrémité gauche de l’aire de jeu, réalisant un magnifique plongeon par-dessus les séparations. La réaction du public est partagée entre crainte et admiration. A cet instant, d’où nous sommes, c’est-à-dire en haut des gradins, nous ne voyons plus que les longues jambes de Mattenet qui se baladent en l’air.

Plusieurs membres de l’organisation accourent sur les lieux de la chute un peu à la manière d’une ambulance arrivant toutes sirènes hurlantes. Ils ont la mine catastrophée, comme si trois têtes de série venaient d’ores et déjà de déclarer forfait pour l’édition 2015. Pas de panique, les gars, c’est juste un petit vol-plané la tête la première contre le sol.

Nous serons en effet vite rassurés, pas de mal pour Adrien, qui se relève sous l’ovation du public – vous savez, un peu comme quand un joueur est évacué d’un stade sur une civière. Et comme stimulé par les applaudissements, il montre fièrement au public la balle qu’il tient dans la main, l’air de dire : « vous voyez, quand on veut, on peut » ! On nuancera en rappelant qu’il a eu la balle mais pas le point.

Tout à fait Thierry

Les finales du dimanche sont retransmises par une chaîne de télévision locale, qui a fait appel au multiple champion suisse Thierry Miller – notre monument national – pour commenter les matchs aux côtés d’un journaliste. On les voit bien, d’où nous sommes assis. Et on parvient même à admirer les points au ralenti sur le petit écran de télé du poste de commentateur.

Ce n’est toutefois pas là le plus intéressant. Non, ce qu’il faut observer avant tout, c’est le mouvement des lèvres de Miller, qui semble fournir de gros efforts pour éviter d’élever la voix. Il faut préciser que les commentateurs ne sont ici pas dans une cabine fermée, et qu’au ping-pong, c’est un peu comme au tennis, le commentateur parle peu et si possible pas trop fort. Contrairement aux Gypsy Kings, qui n’ont aucun scrupule de ce côté-là. Mais peut-on leur en tenir rigueur ? On ne va quand même pas leur demander de chuchoter, ce n’est pas leur métier ! Et on ne va pas demander à Thierry Miller de pousser la chansonnette en grattant des airs ensoleillés !

Difficile, donc, de commenter un sport qui exige le silence. C’est vrai, les commentateurs de foot sont mieux lotis à maints égards. Tenez, un autre exemple : au foot, quand il faut meubler, il suffit de citer le nom des joueurs qui se passent la balle successivement. Allez faire ça au ping-pong… vous me voyez venir : Boll – Mattenet – Boll – Mattenet – Boll – Mattenet – Boll – Mattenet – Boll – Mattenet – Boll – Mattenet… c’est lancinant, hein ? Remarquez, au tennis de table, le commentateur serait obligé de faire preuve d’une certaine vivacité, car il faudrait suivre le rythme de la balle, et vous savez comme moi qu’au niveau mondial, ça va très vite, déjà rien que pour les yeux. Alors pour la langue… Et si vous devez commenter le match Vacenovska-Pavlovich… tous mes vœux vous accompagnent !

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Vous voyez ? Quand on vous dit que c’est un sport difficile à commenter !

Remerciements

Je tiens pour terminer à remercier toutes les sources d’inspiration qui ont contribué à noircir les pages que vous avez sous les yeux. Merci donc aux nombreuses têtes connues dont on a croisé le regard dans les gradins, merci aux spectateurs qui nous ont bousculés en s’installant, c’est toujours plus drôle après coup que sur le moment, merci aux bébés de ne pas avoir docilement changé leurs habitudes pour un tournoi international de tennis de table, merci à ce photographe dont le flash nous a éblouis au même titre que le talent de Marcos Freitas, merci également à ce spectateur qui lui a dit bien fort d’enlever son flash – une situation cocasse, c’est comme un match, il faut souvent être deux pour assurer le spectacle.

Merci aussi aux organisateurs d’avoir dépoussiéré leurs 33 tours exprès pour nous, merci aux Gypsy Kings de s’être déplacés à Lausanne juste pour un refrain, merci à Timo Boll de s’être astreint à quelques exercices de mobilité sur un tube disco endiablé, merci à Adrien Mattenet d’être allé chercher une balle en dehors de l’aire de jeu (mais tu sais, Adrien, on t’en aurait donné une autre, de balle, ce n’est pas ce qui manque !), merci au public d’avoir soutenu la comparaison avec celui de Roland Garros, merci à ce spectateur portugais d’être resté portugais même en infériorité numérique, merci à Thierry Miller, dont le prénom est tout trouvé pour une brillante reconversion de commentateur sportif.

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Le podium féminin. On retrouve sur la première marche Jia Liu, l’Autrichienne, aux côtés de Jiao Li, la Néerlandaise, et de Viktoria Pavlovich, la Chinoi… la Biélorusse.

Enfin, merci à toutes les joueuses et tous les joueurs qui ont pris part à ce tournoi, et dont vous trouverez le classement dans la rubrique « Résultats » du site www.sttopen.ch. Ils sont parmi les meilleurs d’Europe, on donnerait notre coup droit et notre revers pour jouer comme eux. Et en ce dimanche 9 février 2014, jour de votations, on a envie de dire oui à la venue massive de pongistes étrangers en Suisse.

Benoît

Retour sur le STT Open Lausanne 2013

La salle de la Vallée de la Jeunesse a accueilli du vendredi 8 au dimanche 10 février 2013 la troisième édition du Swiss Table Tennis Open, tournoi international réunissant quelques-uns des plus grands noms du tennis de table mondial. Le top du top, le fin du fin, la crème de la crème. Mais avant d’évoquer ces cracks qui se sont renvoyé la balle pendant trois jours, il convient d’en évoquer d’autres ; ceux-ci sont membres du CTT Montriond et ont œuvré bénévolement en coulisse, dès le jeudi soir, pour préparer la salle et, tout particulièrement, monter les six tables du tournoi.

Quand je dis « monter » les tables, cela ne signifie pas simplement les déplier et y fixer le filet, mais les rendre pleinement fonctionnelles pour le tournoi ; vous savez, un peu comme on monte un meuble IKEA : un mode d’emploi, des pièces détachées, des vis, des écrous, et bien des embrouilles ! Croyez-moi, cet épisode ne fut pas le moins gai de la manifestation. Oui, le spectacle a commencé le jeudi soir déjà.

Les bricoleurs du jeudi

Le jeudi 7 février, une petite dizaine de bénévoles du CTT Montriond est à la disposition des organisateurs pour la préparation de la salle. Parmi ces bénévoles, quelques-uns sont affectés au montage des six tables flambant neuves. Pour bien comprendre, il faut savoir que ces tables sont repliées et enveloppées dans de grands cartons. Avant d’attaquer le montage proprement dit de la première table, il convient donc d’ôter le grand carton en question ainsi que les morceaux de sagex et de scotch qui traînent un peu partout. Problème, comme toutes leurs pièces ne sont pas encore fixées, ces tables ne tiennent pas debout toutes seules ; voilà pourquoi Christophe et moi avons dans un premier temps pour tâche – pour seule et unique tâche – de tenir fermement la table pour éviter que celle-ci ne tombe par terre. Et pendant ce temps-là, les autres commencent à étudier le mode d’emploi, en essayant de comprendre où vont les différentes pièces et comment elles se fixent.

A titre tout à fait personnel, je dois dire honnêtement qu’elle me plaît bien, cette mission de rester accroché à la table, loin du mode d’emploi, des vis et des écrous ; ça me rappelle l’école, et plus précisément un prof de travaux manuels, à qui, un jour, je n’avais pas caché mon goût pour le ponçage. La réponse du prof avait fusé : « Je te l’accorde, ce n’est pas ce qui demande le plus de réflexion ». Il avait su lire entre les lignes.

Fabien, lui, arrivé avec un peu de retard, passe l’aspirateur sous les gradins, trouvant ainsi un moyen encore plus subtil de reposer son esprit. Laissons Fabien à son ménage et revenons à nos tables, car un autre problème apparaît, plus fâcheux encore : il semble que GUBLER, le fournisseur, n’ait pas fourni toutes les vis. Oui, il manque un certain nombre de vis, indispensables au montage des tables. Tout le monde se regarde, avec un brin d’inquiétude ; le premier qui a une idée est prié de se manifester. Car si on ne veut pas priver Lausanne d’un beau spectacle ce week-end, il faut réagir, et vite.

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Ça rappelle un peu le ponçage, non ?

D’un calme olympien, Rista Stukelja, membre du comité d’organisation, qui nous chapeaute dans cette aventure, estime qu’il ne sert à rien de téléphoner à GUBLER, sinon à les engueuler (cela dit, j’en connais qui l’auraient fait quand même). Ce qu’il faut impérativement, c’est se procurer des vis. Ainsi s’égrènent, dans les discussions, les noms de toutes les grandes surfaces de bricolage situées dans un rayon de moins de 30 km. C’est finalement le magasin OBI qui sera l’heureux élu. Et un heureux élu, il y en a un autre dans cette histoire ; c’est Christophe. Il va accompagner Rista en voiture chez OBI et pouvoir enfin se décrocher de la table à laquelle il est fixé depuis de longues minutes. Quant à moi, je reste agrippé à ma table. Plus que jamais. Comme dirait l’autre, « on lâche rien ».

Dans le couloir où nous sommes, et tandis que les travaux sur la première table avancent, nous voyons défiler les uns après les autres nos collègues du CTT Crissier, membres du comité d’organisation, vêtus de leurs chemises plus blanches que blanches estampillées STTOL. Ils ne font que passer, mais lorsqu’on leur dit qu’il manque du matériel, chacun compatit en y allant de sa petite réplique, dont l’une d’elles m’est restée en mémoire : « il manque des vis ? Noooooon » ! Et de conclure : « Ah les cons » ! On n’aurait pas dit mieux.

« Ça va Benoît, tu tiens » ? me demandent tour à tour mes camarades de bricolage. Comme le roseau, je plie mais ne romps pas, malgré des bras qui tiraillent de plus en plus. Et la table, elle tient ? Comme le roseau, elle plie mais ne rompt pas. Tout le monde tient. Jusqu’à ce que je lâche la table. La belle table de compétition à plus de mille francs suisses ! Ô ne vous effrayez pas, le geste est parfaitement maîtrisé : je n’ai fait que lâcher une table qui tient à présent toute seule. Pourvue de toutes les pièces, elle se déplie et se replie normalement. Une table de faite. Plus que cinq. On serait tentés de dire que le plus dur est fait.

Lorsque nous ôtons le carton qui enveloppe la deuxième table repliée, nous nous rendons compte qu’il suffit de laisser les deux blocs de sagex fixés aux pieds pour maintenir la table. Autrement dit, ma mission n’a plus lieu d’être, je vais devoir commencer à bricoler. Les ennuis commencent. Me voilà rattrapé par mon prof de travaux manuels presque vingt ans après. Une punition ? Pour avoir privilégié le ponçage ? Ou bien pour mes nombreux ouvrages qui menaçaient de s’effondrer à chaque stade de leur réalisation ? Tout ça pour dire que le plus dur n’est pas fait pour tout le monde.

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Vous ne voyez pas mon visage, mais je peux vous dire que ça grimace dur !

 Fort heureusement, ma dextérité approximative est vite compensée par les conseils d’Olivier et de Ky-Ahn, déjà bien rodés ; puis la cadence s’accélère peu à peu, avec l’arrivée de Fabien, qui s’est séparé de son aspirateur, de Christophe et de Rista, qu’on voit revenir les poches pleines de vis, et de quelques autres encore, affectés jusque-là à d’autres tâches. Dans ces conditions, tout va plus vite. Trois, quatre, cinq et six ! Ça y est, les six tables sont prêtes et vont pouvoir servir de terrain de jeu aux pointures mondiales du tennis de table. Alors comme on dit dans ces cas-là, bon match !

Les (mal nommés) pongistes du dimanche

En ce dimanche matin 10 février, le tournoi, qui a commencé le vendredi, entre dans sa dernière ligne droite, avec les quarts de finale, les demi-finales et la finale dans les catégories Dames et Messieurs. Chez ces derniers, tous les favoris sont au rendez-vous : Dimitrij Ovtcharov (Allemagne), Joo Sae Hyuk (Corée du Sud), Vladimir Samsonov (Biélorussie) et Adrien Mattenet (France), respectivement 8e, 11e, 12e et 28e au classement mondial. Seul le Suédois Jörgen Persson manque à l’appel ; le chouchou du public lausannois a été éliminé la veille face au Coréen Joo Sae Hyuk après des échanges de haut vol. C’était aussi, paraît-il, la dernière apparition du Suédois à Lausanne en tant que joueur, avant la fin prochaine de sa carrière.

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Good bye, Sir Persson

 Les quarts de finale du dimanche matin sont l’occasion de voir à l’œuvre notamment le Français Adrien Mattenet, opposé au Canadien Eugene Zhen Wang, d’origine chinoise mais naturalisé par les autorités canadiennes en 2012… juste avant les Jeux olympiques de Londres. Oui, le sport national au Canada, c’est bien le hockey sur glace. Et apparemment pour un petit moment encore… mais passons.

De la tribune VIP où nous sommes assis, nous pouvons difficilement être mieux placés pour assister à ce match, et notamment admirer les top-spins revers de Mattenet, qui se passent de tout adjectif. J’en suis sans voix. Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est à cause du coq bleu-blanc-rouge cousu sur son maillot. Mais voilà, malheureusement ou heureusement, le top-spin revers ne suffit pas pour gagner, et Mattenet, qui n’est pas dans sa meilleure forme ce jour-là, en fait l’amer constat ; son adversaire s’est peu à peu installé dans le match et n’a plus rien lâché, créant ainsi la première grande surprise de la journée.

Chez les dames, un peu plus tôt dans la matinée, Rahel Aschwanden, l’autre représentante helvétique encore en lice en quarts de finale avec Rachel Moret, doit s’incliner face à Yang Xiaoxin, une Française. Je sais ce que vous vous dites : on jurerait qu’elle est canadienne.

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Yang Xiaoxin se désaltère. D’ailleurs, pourquoi les champions sont-ils si souvent filmés ou photographiés en train de boire ? Est-ce aussi un truc qu’ils font mieux que nous ?

Il est un peu plus de midi et les quarts de finale ont rendu leur verdict ; on connaît les qualifiés pour les demi-finales. Chez les femmes, Yang Xiaxin sera opposée à la Tchèque Iveta Vacenovska, tandis que la Française Carole Grundisch défiera la Hongroise Georgina Pota. Du côté des hommes, Samsonov devra empêcher Zhen Wang de créer une nouvelle surprise, pendant que Joo Sae Hyuk essaiera, avec son jeu défensif flamboyant, de contenir les assauts d’Ovtcharov. Voilà pour le décor des demi-finales. Inutile de vous dire que le correcteur orthographique a failli rendre l’âme au terme du présent paragraphe. Plein de vaguelettes rouges ! Partout ! De la Corée du Sud à la République tchèque, en passant par la Chine !

Mais avant d’assister à ces demi-finales, c’est l’heure de la pause. A cette occasion, les bénévoles et toutes les personnes impliquées dans l’organisation du tournoi sont conviés à un apéritif « VIP » dans le bâtiment faisant face à la salle de sport. Pendant l’apéritif, les discours officiels se succèdent. Nous ne les applaudissons pas avec beaucoup de ferveur, non pas parce que c’est moins spectaculaire que le revers de Mattenet, mais pour la raison la plus pragmatique du monde : prenez un verre de rouge dans une main et une assiette en plastique avec des chips dans l’autre… vous voyez ce que je veux dire.

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Hommage au métier de juge arbitre. Ça a pas l’air drôle.

C’est les mains vides que nous regagnons les gradins pour les demi-finales. Dans le tableau féminin, Yang Xiaxin se qualifie, tout comme la Hongroise Pota, qui ne laisse que des miettes à son opposante tricolore. Chez ces messieurs, Samsonov prend le meilleur sur son adversaire et Ovtcharov déjoue les défenses coupées de Joo Sae Hyuk.

Pour la petite histoire, sachez que ce duel aurait pu connaître un épilogue différent. Du haut de ses dix ans, Estelle, la fille de notre président, en plus de regarder les matchs avec un vif intérêt, a chassé les autographes toute la journée ; n’ayant pas encore celui d’Ovtcharov, voilà qu’elle veut « se placer » et s’approche un peu trop près de l’aire de jeu pendant un échange ; Ovtcharov est légèrement gêné et perd le point. Fort heureusement, l’incident sera sans conséquences. Et en plus de l’autographe qu’elle a obtenu, Estelle pourra se targuer d’avoir pris un point un numéro 8 mondial.

En finale Dames, Yang Xiaxin bat Georgina Pota, ou « Gina Pota », comme on peut le lire au dos de son T-shirt (va-t-elle bientôt nous servir la bière au Zodiac ?). Quant à la finale Messieurs, c’est une finale en « off », entre Samsonov et Ovtcharov – il ne manque plus que Popov, dommage qu’il ait préféré la natation au ping-pong. Cette finale, qui voit le sacre de Samsonov, aura été un peu décevante de l’avis général. Sans doute aurait-il fallu la présence de Joo Sae Hyuk (à force, j’arrive à l’écrire juste du premier coup) pour que nous assistions à des points plus spectaculaires. Sans doute, mais allez dire ça à Ovtcharov…

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Georgina Pota. Je ne sais pas quel est votre sentiment, mais moi, j’ai l’impression que je vais m’en prendre une.

Le service d’Ovtcharov, réputé pour être original et difficile à remettre, a peut-être été la clé du match. C’est sûrement pour cela que, lors de la cérémonie de remise des prix, Thomas Busin, ancien champion suisse, tend le micro à Samsonov et lui demande comment il a fait pour remettre le service de son adversaire. Bref, le genre de questions qui a toutes les chances de rester sans réponse. D’ailleurs, je crois me souvenir que l’ami Vladimir n’a pas été très loquace. Et en plus de ça, on sait que les grands sportifs sont moins à l’aise pour parler de leurs exploits que pour les réaliser. Le bla-bla, très peu pour eux (voyez, c’est un peu comme si on me demandait de faire du sport).

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Elle s’en mord les doigts ! La prochaine fois, elle évitera de s’asseoir entre deux chroniqueurs sportifs.

Fin de la cérémonie protocolaire de remise des prix, il est l’heure, pour les bénévoles du CTT Montriond, de se remettre au boulot pour ranger la salle et la laisser dans l’état où ils l’ont trouvée le jeudi soir, avant le tournoi. Je ne vous raconterai pas comment nous avons décollé le sol synthétique de la salle sur plusieurs centaines de m2, ça pourrait être aussi long à expliquer que le montage des tables… disons simplement qu’on était contents d’être nombreux. Un point positif cependant : cette fois, pas besoin d’être habile de ses mains. Il faut juste un peu de sens pratique – ah bah oui, quand même.

Lorsque nous nous baladons dans les couloirs de la salle avant de commencer à ranger, il règne une vraie ambiance de fin de colo. Les joueuses se font la bise, se donnent rendez-vous à la prochaine manifestation et remercient les organisateurs. On aperçoit également Eugene Zhen Wang, affublé d’un beau bouquet de fleurs (quelque chose me dit qu’il s’en serait bien passé). Puis quelques minutes plus tard, c’est Adrien Mattenet que nous croisons, trimbalant une valise à roulettes et un immense sac de sport. Dans le couloir étroit où nous sommes, nous nous écartons pour que le numéro 1 français puisse se frayer un chemin. J’ai failli lui dire toute mon admiration pour ses top-spins revers, avant de me raviser au dernier moment. Sans doute de peur qu’il ne puisse pas me retourner le compliment.

A propos de Mattenet, je souhaiterais encore vous raconter une petite anecdote que nous tenons de source sûre. Eliminé en quarts de finale, le joueur français, estimant qu’il n’avait pas tenu son rang, voulait à la fin du tournoi rendre sa prime d’engagement. Bien que saluant ce geste, les organisateurs ont catégoriquement refusé de reprendre cette prime, sans doute avec raison. C’est vrai, rien que pour son top-spin revers, il la mérite. Allons Adrien, pas de ça entre nous. Tu cherches des compliments ? Mais oui, tu vaux plus que C7 !

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Superbe geste de Mattenet, qui renvoie sa prime au caissier du tournoi. C’est ce qu’on appelle une « prime du revers ».

Il est un peu plus de 18 heures lorsque le rangement de la salle est terminé et que celle-ci est dans l’état où nous l’avons trouvée le jeudi précédent. Dans le petit local réservé aux organisateurs et bénévoles, nous sommes encore quelques-uns, un verre de vin dans la main, à reparler du tournoi et des superbes échanges que nous ont offerts ces pros du tennis de table. Après les avoir vus jouer, on n’a qu’une envie, c’est de faire pareil. Ça devrait aller, puisque, pour paraphraser Olivier, nous savons maintenant ce qu’il faut faire. Le problème, c’est que personne parmi nous n’a l’air pressé de le faire.

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Nicola Mohler, plusieurs fois champion suisse. Regardez où se trouve la raquette par rapport à la balle. Vous avez vu un peu ? Et après, on s’étonne que les profanes aient de la peine à comprendre !

 Benoît Aehrenbold

Le DHS Europe Cup à Lausanne

Les 7, 8 et 9 février 2014, la 4ème édition du Swiss Table Tennis Open Lausanne (STTOPEN) accueillera les meilleurs joueurs et joueuses européens à la Vallée de la Jeunesse. Pour cette édition, le tournoi change de nom et devient la DHS Europe Cup, équivalent du Top 12 européen pour 2014. Plus d'infos et inscription sur le site du STTOPEN. dhs_europe_cup_affiche   Extrait du communiqué de presse: " Avec cette nouvelle formule, pour l’instant uniquement prévue en 2014, les organisateurs lausannois ont répondu favorablement à la demande de la Fédération Internationale de Tennis de Table (ITTF) qui cherchait un tournoi pour remplacer le Top 12 européen, épreuve servant de qualifications pour la très lucrative World Cup qui réunit chaque année les meilleurs pongistes de chaque continent. Avec la présence de pongistes classés de la 5e à la 60e place mondiale, le spectacle s’annonce d’ores et déjà monstrueux du côté de la Vallée de la Jeunesse. La densité du niveau des joueurs promet des matchs acharnés au suspense haletant. La DHS Europe Cup permettra aux joueuses et joueurs de se répartir un prize money de 50'000 euros. Il convient de souligner que la Suisse n’a pas accueilli de compétition de tennis de table aussi relevée depuis 1987 ! " Source: communiqué de presse du 15.10.13